Des mots pour des maux

La mort... SA mort

Quand on est atteint d’une pathologie grave, qui peut être vitale, comment appréhender sa propre mort, comment l’apprivoiser et vivre avec elle pendant un certain temps ?

Le sujet est délicat mais fort intéressant.

Tout d'abord, je voudrais vous conseiller deux auteurs incontournables qui ont traité de cette question : Marie de HENNEZEL (notamment son livre La mort Intime - préfacé par François Mitterrand) et Elizabeth KÜBLER-ROSS (qui a décrit les stade de l'acceptation du diagnostic vital).

Lorsque je fais des formations sur ce thème, je parle invariablement de ces deux femmes exceptionnelles. Et, systématiquement, quand on parle de la mort des autres, il faut déjà s'interroger sur la sienne... Ce qui est loin d'être évident pour la majorité des gens. Même quand on est soi-même malade, avec une épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête...

Il est très difficile d'appréhender sa propre mort en temps "normal". Surtout dans une société qui fait tout pour gommer les effets du temps qui passe : les crèmes anti-ride, les lifting, les pilules "miracles" (comme la DHEA), les "alicaments"... La jeunesse (avec son lot de santé de fer) est mise en exergue au détriment de la vieillesse et de la mort.

Mais cela n'en a pas toujours été le cas. Fut un temps où la personne âgée était respectée dans sa parole, dans son expérience, dans son vécu. La personne âgée avait une place de choix dans la société, mais surtout dans la famille. Aussi, lors du décès d'une personne (âgée ou non), elle restait au domicile : les fameuses veillées funèbres, où on rendait hommage à la personne décédée afin qu'elle accepte de suivre le passeur de mort et de traverser plus facilement les limbes...

Aujourd'hui, les personnes décèdent le plus souvent en milieu hospitalier, avant d'être placées à la morgue en attendant les obsèques... Oubliant les rites...

La mort fait peur.

Et sous prétextes d'hygiène, on la tient à distance par des procédés très médicalisés, mais aussi très aseptisés (y compris parfois affectivement).

Ces nouvelles pratiques ont rendu l'appréhension de SA propre mort plus délicate. Car n'étant plus "habitués" à "côtoyer des morts", il est plus difficile d'en saisir la réalité.

Or, face à une maladie grave, forcément, la mort se rappelle à notre souvenir. Elle rôde autour de nous, réveillant nos peurs les plus ancestrales, les plus archaïques, les plus primaires.

Il est difficile "d'apprivoiser" la mort... Ce n'est pas quelque chose qui se fait du jour au lendemain ou parce qu'on s'en intime l'ordre. On passe par différents stades (décrits par Elizabeth KÜBLER-ROSS), dont le déni, la colère, la dépression, le marchandage... jusqu'à l'acceptation.

Derrière, se cache toute la problématique de la non maîtrise : non maîtrise de sa vie, non maîtrise de son corps, non maîtrise de la mort... C'est aussi apprendre à lâcher prise.

Il me semble qu'on ne peut y arriver qu'en en parlant, en exprimant ses émotions. En vidant son « sac à émotions ». Car en parler, c'est lui donner une réalité, c'est lui donner "corps". Or le premier réflexe, que ce soit de la personne malade où de son entourage, c'est de ne pas en parler (au cas où la mort arriverait plus vite...).

Lorsque je travaillais dans un service de médecine accueillant des personnes séropositives (mais aussi en cancérologie ou en pneumologie), j'ai souvent eu des discussions sur ce thème de la maladie et de la mort. Allant de discussions religieuses (y a-t-il une vie après la mort ?) à des discussions philosophiques (le sens de la vie et de la mort). Ces échanges permettaient aux patients de prendre conscience de la fragilité de la vie, mais surtout d'entendre que la vie ne s'arrête pas au diagnostic : même dans les services de soins palliatifs, il y a de la vie. Dans l'expression « fin de vie », il y a de la « vie ».

Mais c'est une autre façon de l'appréhender. Un autre regard que l'on porte sur ses derniers instants car on ne sait pas s'il y aura un lendemain. Et on vit chaque jour comme le dernier, comme le disait le chanteur Corneille dans la chanson qui l'a rendu célèbre.

Mais arriver à envisager la mort comme un passage incontournable de la vie, et non comme une ennemie contre laquelle il faut lutter... Cela demande du temps, une réflexion (accompagnée) et un apaisement psychique.

J'ai ainsi vu des patients qui ne pouvaient atteindre cet état d'acceptation et décéder en souffrant (soit parce qu'ils refusaient ce travail de deuil, soit parce qu'ils ne pouvaient se résoudre à laisser les gens qu'ils aimaient, soit parce que la maladie les emportait trop vite). C'est toujours difficile pour l'entourage mais aussi pour les soignants qui les accompagnent car, pour ces derniers, il y a un sentiment de ne pas avoir fait totalement son travail... Même s'il n'en est rien !

Il s'agit du chemin de chacun.
Personne ne peut le faire à notre place.

 Sylviane Barthe Liberge

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Commentaires

24.05 | 02:44

recherche aussi consults+échanges vécu avec victimes sur nord 94, centre 91, paris. dure depuis 10 ans evident depuis 5. Vise aussi enfants et autre proie

...
12.05 | 03:47

ressens même parfois l'envie de me venger car peu de gens m'ont soutenue, pour les autres il reste merveilleux. Comme si ma douleur n'était pas reconnue..😟

...
12.05 | 03:43

connaissance dont il n'a pas réussi à me couper, j'ai pu lui échapper. Mais je sens que je reste très meurtrie, et que je m'en veux bcp. Ca fait 1 an et je

...
12.05 | 03:40

j'ai commencé à me dire que ce qu'il me faisait vivre n'était pas normal et que je ne pouvais plus endurer ça, le mal était déjà fait.. grâce à une nouvelle

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