Des mots pour des maux

Culpabilité... quand tu nous tiens !

La culpabilité est un sentiment aussi répandu que pénible à vivre. Sain, lorsqu'il fait suite à une faute, il peut aussi devenir pathologique et prendre le dessus sur notre existence. Mais la culpabilité est aussi le propre de la névrose !

Il semblerait en effet que la culpabilité fasse partie de l'évolution de l'être humain. La culpabilité est la traduction émotionnelle d'une erreur. Elle est utilisée par notre conscience pour nous signifier un risque. C'est un processus de responsabilisation, processus qui permet de se construire, de grandir en capacités tout en garantissant aux autres de faire de même. Par conséquent, c'est un phénomène interne, développé au cours de notre enfance, avec l'intégration des interdits (à commencer par l'interdit de l'inceste au cours de la phase OEdipienne, permettant l'accès à la névrose). Ceci, dans le but de pouvoir vivre en société de façon libre et harmonieuse.

Mais... pour certaines personnes, la notion de responsabilité peut se muer en sentiment de culpabilité.

Pourquoi ?

Sans doute parce que certains choix de vie peuvent aparaître (ou du moins, c'est ce que les autres peuvent nous renvoyer) comme étant purement égoïstes. Ce qui peut engendrer de la honte (de soi et de ses choix), la crainte d'être rejeté par ses pairs, l'impression de n'être plus rien... Et derrière, se cache... la peur de perdre l'Amour !

On passe alors notre temps à être tiraillé entre ses envies, ses désirs, et de l'autre la peur de se retrouver seul. On culpabilise alors de ne pas faire suffisamment attention aux autres. De ne pas être assez présent, ou tout le temps présent.

Mais peut-on être constamment présent pour autrui ?
Est-ce que, si l'on finit par s'oublier soi, on peut réellement être attentif aux autres ?
Mieux vaut-il vivre avec de la culpabilité ou avec des regrets ?

En fait, la culpabilité est le signe d'un rejet de soi : le fait de ne pas s'aimer soi-même, c'est se priver d'aimer correctement les autres, mais aussi d'être aimé. Il ne faut pas aller chercher ailleurs ce que l'on doit trouver en soi... Autrement dit, on ne peut trouver l'amour si on ne commence pas à s'aimer soi-même, à s'accepter tel que l'on est, comme l'on est ! Avec ses forces, mais aussi ses faiblesses.

Se comporter en personne responsable, soucieuse des autres et désireuse d'échanger avec ses pairs, est un souhait de tout un chacun. Mais, dès l'instant où nous croyons comprendre que l'amour, dont chacun de nous a besoin constamment, est conditionné à la conformité d'un code de conduite, alors nous perdons confiance en nous, ne percevant plus la moindre valeur positive en nous. Et à cet instant, le sentiment de responsabilité se mue en sentiment de culpabilité.

Et si, contre toute attente, il y avait une bonne raison à cette culpabilité qui nous empoisonne la vie... ?

De ce point de vue, se sentir coupable, c'est aussi éprouver un sentiment de contrôle sur le monde qui nous entoure. La culpabilité sert alors de protection ! Et lutter contre elle dans ces conditions est totalement vain. Par conte, elle disparaît dès l'instant où nous acceptons notre absence de pouvoir sur les autres : c'est le lâcher prise. La capacité à faire la distinction entre notre responsabilité et celle des autres. Ce n'est plus tout prendre sur ses épaules dans nos relations aux autres. Nous ne sommes pas responsables du malheur des autres, ni de leur bonheur (même si nous pouvons éventuellement avoir notre petite contribution). Mais chacun a son libre-arbitre. Y compris celui qui est en face de nous.

Pourquoi alors se charger des poids qui ne nous appartiennent pas ? Quels bénéfices en retirons-nous ?

Cela dit, et ce sera mon dernier point sur un thème qui mériterait bien plus de réflexion, il y a le poids de la culpabilité dont nous héritons... Vous avez déjà dû entendre parler des romans familiaux, des mythes familiaux... Et bien nous y sommes parfois ! Nous héritons aussi des erreurs de nos ancêtres, et nous portons le poids de cette culpabilité alors que nous n'avons souvent même pas connaissance de la faute... On retrouve cette problématique chez les personnes témoignant de conduites addictives.

Quels sont ces traumatismes familiaux qui ont entraîné la culpabilité ?

Pour n'en citer que quelques uns (les plus fréquents à vrai dire), on retrouve les divorces mal assumés (surtout à une époque où le divorce était montré du doigt), les enfants nés hors mariage, les enfants illégitimes, inceste, viol, déportation, faillite, alcoolisme, jeux...
Quel que soit cet évènement, il a généré un traumatisme chez nos parents, ou nos grands-parents, voire nos arrières grands-parents. Ce sont des évènements qui ont ébranlés l'équilibre familial, leurs certitudes, leurs valeurs, même leur identité. Des évènements qui étaient en contradiction avec leur morale propre, mais aussi avec la morale de la société du moment. Même s'ils n'en étaient pas réellement ou directement responsables, ils se sont tout de même sentis coupables d'en être les victimes, de ne pas avoir su se défendre, de ne pas avoir su faire face à la situation pour l'éviter...

Mais ces évènements ne suffisent pas, en eux-mêmes, à générer de la culpabilité. Tout est lié à la structure même de la famille, aux valeurs autour desquelles elle est organisée. Dès l'instant où l'évènement va devenir tabou et générer des non dits, il va y avoir culpabilité et cela va entrer dans l'histoire inconsciente de la famille, dans le "mythe familial".

Mais si c'est inconscient et que notre culpabilité fait partie de notre héritage familial... comment s'en apercevoir ?
Comment faire la différence avec un sentiment qui nous appartient en propre ?

Selon le psychiatre Robert NEUBURGER, il faut se pencher de ce côté là quand on a à faire à une personne qui a du mal à vivre, du mal à être heureuse ou simplement satisfaite. D'après son expérience, ce sont des personnes qui fondent facilement une famille mais qui ne savent pas vraiment ce qu'est réellement le sentiment amoureux. Sachant que tout sentiment "égoïste" est culpabilisant, la personne ne se donne pas alors le droit de vivre pour elle, ou, si elle le fait, cela déclenche des sentiments de culpabilité extrêmement importants. Et ces sentiments peuvent alors entraîner des états de dépressions, et dans les cas extrêmes, des suicides.

Par ailleurs, quand notre sentiment de culpabilité est un héritage familial, on le transmet à notre tour à nos enfants. Chaque génération est responsable des souffrances passées. Elle devient dépositaire de la mémoire douloureuse de la famille, à des stades différents :

  • la première génération subit le traumatisme et ne peut en parler (génération de "l'indiscible")
  • la seconde est tétanisée, paralysée dans une sorte de terreur sacrée qui lui interdit de poser des questions, mais aussi de SE poser des questions. C'est la génération "silence" (la génération de "l'impensable").
  • la troisième génération commence à voir la culpabilité percer, notamment à l'occasion de comportements pathologiques d'un enfant qui vont réactiver la culpabilité familiale (génération de l'irreprésentable").

Aussi, pour se débarrasser de ce carcan de culpabilité, et faire tomber le masque, seul un travail sur soi peut vous y aider. Soit une psychothérapie, soit une psychanalyse...

Sylviane Barthe Liberge

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Commentaires

08.10 | 13:03

Comment faire si c'est son propre enfant (19 ans ) qui est PN?
La fuite est alors difficile...

...
05.10 | 20:19

Bonjour, j'ai exactement la même question qu'Alicia. Quelle attitude adopter lorsqu'il s'agit d'un parent sous emprise se fait écho à la violence envers vous ?

...
19.07 | 16:54

Bonjour,

Il semble que la seule issue possible avec un pervers narcissique est la fuite..comment faire si il s'agit de sa maman? peut-on vraiment couper lien?

...
15.07 | 23:55

Bonjour je suis séparée de mon mari pour violence conjugale depuis février 2017.
Nous avons des enfants et je suis enceinte aidez-moi à trouver une solution mer

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