Enfant

Parler de la maladie et de la mort aux enfants

Les enfants n'appréhendent pas la maladie et la mort comme les adultes. Pour autant, il ne faut rien leur cacher de la réalité. Les maintenir à distance ou déformer la réalité est une grave erreur car ils perçoivent les changements. Et sans explications, sans accompagnement de la parole adulte, leur imaginaire les entraîne vers des contrées parfois plus inquiétantes et angoissantes que la réalité.

Aussi, dès que Papi ou Mamie (ou toute personne proche de l'enfant) est malade, il faut lui permettre de voir cette personne et lui laisser constater les différences (sommeil plus important, différence de tonus...). Si la personne est hospitalisée (et que les enfants sont autorisés à venir rendre visite au malade), il faut le préparer à ce qu'il va voir, entendre mais aussi sentir. Il s'agit de lui éviter de désagréables surprises. Et cela permet de lui expliquer le comportement que l'on attend de lui au cours de cette visite : pas de bruit, être sage et calme. Evidemment, la visite est de courte durée pour éviter de fatiguer autant l'enfant que la personne malade.

Et bien entendu, rester à l'écoute de ses interrogations et y répondre franchement, clairement, sans ambiguité.

Lorsque la santé de la personne malade se dégrade, ne cherchez pas à dissimuler votre inquiétude. Au contraire, vous devez en parler à l'enfant, surtout s'il vous pose la question. Vous avez le devoir de lui parler de vos inquiétudes et de votre tristesse, mais avec sobriété. Il est toujours préférable pour l'enfant de le faire assez tôt afin qu'il se prépare à l'inévitable. Cela évitera aussi la brutalité d'une annonce qui restera, malgré tout, douloureuse. Et cela évitera surtout à l'enfant le sentiment d'avoir été dupé, trahi, écarté.

Si votre enfant vous demande si Papi ou Mamie va mourrir, répondez la vérité : oui, mais vous ne savez pas quand ! Vous savez que les médecins soignent autant que possible la personne mais elle a une maladie très grave et elle n'a peut-être plus assez de forces pour faire face. Il est donc possible qu'elle meurre.

Pourquoi parler de la maladie aux enfants ? Sont-ils capables de comprendre ?

Contrairement aux idées reçues, la meilleure manière de protéger la santé affective et émotionnelle de l'enfant, est de partager avec lui les informations qui vont le toucher.

L'enfant sait ce qu'est la maladie. Du moins en a-t-il une petite idée parce qu'il en a sa propre expérience. Aussi, lui parler de maladie est quelque chose de concret qu'il peut appréhender. Mais il faut lui préciser que la maladie de la personne est plus grave que les maladies que lui connaît (qui elles ne sont pas dangereuses). Il faut l'accompagner dans la distinction entre les maladies bénignes et les maladies malignes. Il faut le rassurer (et éviter qu'il ne devienne hypocondriaque).

Il faut également le tranquilliser sur le fait qu'il n'est pas responsable de la maladie de Papi ou Mamie !

Rassurez-le en lui affirmant que, quelle que soit l'issue de la situation, vous serez à ses côtés pour affronter l'épreuve. Toute la famille sera réunie pour faire face.

Si Papi ou Mamie meurt, comment le lui dire ?

La tâche sera moins difficile si votre enfant a pu voir la personne malade et constater l'évolution de la maladie. Mais que ce soit "prévu" ou inattendu, il faut dire encore une fois les choses telles qu'elles sont, sobrement, simplement et attendre les questions de l'enfant.

Sachez qu'un enfant vous posera des questions tant que sa curiosité n'est pas satisfaite (à condition bien entendu que vous soyez psychiquement disponible pour cet échange).

Attention également au vocabulaire que vous allez employer :

  • La personne ne dort pas : elle est MORTE et ne peut donc pas se réveiller.
  • La personne n'est pas partie : cela voudrait dire qu'elle va revenir un jour.
  • La personne n'est pas partie faire un grand voyage : elle ne reviendra pas non plus.
  • La personne n'est pas disparue : elle est d'ailleurs sous nos yeux (ou presque) et on peut la retrouver.
  • La personne n'est pas montée au ciel : à moins que vous ayez envie de prendre le risque de retrouver votre enfant sur le toit de votre maison parce qu'il a eu envie de voir Papi ou Mamie...

Les enfants ont besoin de concret avant tout. Quand on est mort, on ne bouge plus, on ne mange plus, on ne respire plus, on ne marche plus, on ne parle plus... On ne fait plus rien !

Ensuite, libre à chacun d'expliquer "l'après mort" en fonction de ses croyances, mais en précisant bien qu'il s'agit là de convictions personnelles, qui n'ont pas été prouvées scientifiquement.

Ne cherchez pas non plus à dissimuler votre tristesse. Mais éviter l'effondrement total. Il est préférable de pouvoir exprimer ses émotions en mots plutôt qu'en sanglots (et à fortiori en larmes sans mots).

Que faut-il faire concernant les obsèques ?

Dans tous les cas, il faut prendre le temps de lui expliquer concrètement comment cela va se passer, et lui proposer de participer aux rites funéraires.

Il peut, par exemple, porter des fleurs, lire un poème, faire un dessin... Ces rituels aident non seulement à concrétiser la mort, mais aussi à rapprocher les vivants autour d'un dernier hommage au défunt. Ils aident donc à intégrer la perte et favorisent le travail de deuil.

Françoise DOLTO disait que le fait d'être intégré à ces évènements et d'y être relié par des paroles, ont un effet structurant sur l'enfant, même le bébé.

En général, les reproches faits, par des enfants devenus adultes, sont de deux ordres :

  1. Ils ont été obligés d'assister aux obsèques, et surtout à embrasser le défunt
  2. Ils ont eu l'interdiction d'assister aux obsèques

Il est donc important de faire des propositions loyales et éclairées à l'enfant. Tout comme il est important de respecter ses choix (qui peuvent changer à la dernière minute).

Pourquoi proposer de voir un cadavre ? C'est un peu... morbide et sans doute traumatisant...

C'est parfois plus traumatisant de ne pas voir et d'imaginer ! L'épreuve de la réalité évite que l'enfant ne se fasse des idées, des illusions sur ce qui se passe ou s'est passé. Cela va aussi faciliter son rapport à la réalité. Le plus important, c'est d'accompagner l'enfant par des paroles.

 

Pour résumer...

Ne perdez pas de vue que les enfants sont très impressionnables. Votre enfant se rappellera toujours de la manière dont vous avez géré la maladie puis le décès de son grand-parent. Plus tard, il calquera (inconsciemment) son propre chagrin sur ces moments marquants de son enfance. Aussi :

  1. Au fur et à mesure que la santé se détériore, décrivez avec des mots simples ce qui se passe. µµPréparez-le aux changements qu'il peut lui-même observer.
  2. Emmenez votre enfant rendre visite à son grand-parent malade (à l'hôpital ou en maison de retraite...). N'oubliez pas de la préparer à ce qu'il va voir, entendre et sentir.
  3. Permettez-lui de participer aux soins (un gant mouillé sur le front, arranger les fleurs, changer l'eau du verre...). Il aura l'impression d'être un grand.
  4. Préparez l'enfant au décès imminent.
  5. Utilisez les expériences de personnes de votre entourage ayant vécu un décès pour montrer à l'enfant que la vie continue (il existe de nombreux livres, films ou autres documentaires qui peuvent vous aider pour échanger sur le sujet avec votre enfant).
  6. Malgré votre chagrin, continuez à vous occuper de votre enfant en lui préservant ses routines.
  7. Proposez à votre enfant de participer à la cérémonie, en toute connaissance de cause.
  8. Restez à son écoute, laissez-le vous guider. Faites-lui confiance !

Et si vous avez le sentiment de ne pas vous en sortir, si vous avez le sentiment s'être dépassé émotionnellement, ou que votre enfant n'arrive pas à dépasser l'épreuve, allez consulter un psychologue.

Sylviane BARTHE LIBERGE

Écrire un nouveau commentaire: (Cliquez ici)

123siteweb.fr
Caractères restants : 160
OK Envoi...
Voir tous les commentaires

Commentaires

08.10 | 13:03

Comment faire si c'est son propre enfant (19 ans ) qui est PN?
La fuite est alors difficile...

...
05.10 | 20:19

Bonjour, j'ai exactement la même question qu'Alicia. Quelle attitude adopter lorsqu'il s'agit d'un parent sous emprise se fait écho à la violence envers vous ?

...
19.07 | 16:54

Bonjour,

Il semble que la seule issue possible avec un pervers narcissique est la fuite..comment faire si il s'agit de sa maman? peut-on vraiment couper lien?

...
15.07 | 23:55

Bonjour je suis séparée de mon mari pour violence conjugale depuis février 2017.
Nous avons des enfants et je suis enceinte aidez-moi à trouver une solution mer

...
Vous aimez cette page