Alcool et alcoolisme
Du point de vue psy.

 

 
       
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Un peu d'histoire...

Antimoine en poudre ou en liquide, il fût d’abord utilisé comme un fard à paupières pour sa coloration noire : Al Kuh’al (noircir) Al Kah’ala (devenir noir). Il y a 1.000 ans, l’alcool était déjà employé comme antiseptique et anesthésique. Issu de la langue arabe, ce mot Al Khol sera ensuite au 17ème siècle introduit dans son orthographe actuelle, dans notre langue : Alcool, traduction de « ce qui est très subtil ». Tout ceci est très intéressant, car il y a déjà la dualité de son action et de ses effets : physiques (al khol) - le fard, le masque, psychiques (alcool) – l’illusionniste, le menteur.

Les consommateurs d'alcool...

On estime la répartition de la population adulte vis-à-vis de l’alcool de la façon suivante :

  1. Les non consommateurs (abstinents primaires ou secondaires) : 10% de la population
  2. Les consommateurs « modérés » (l’usage d’alcool reste inférieur aux seuils de toxicité définis par l’OMS, en dehors de toute situation à risque) : 65% de la population
  3. Les consommateurs en mésusage : 25% de la population

sans dépendance :

    1. consommateur à risque (usage à risque) : consommation ponctuellement supérieure aux seuils de toxicité mais sans retentissement médical, psychique ou social : 10% de la population. Le risque est ponctuel et situationnel (conduite automobile, travail sur machines dangereuses, femme enceinte...)
    2. consommateur à problèmes (usage nocif) : consommation régulière, supérieure aux seuils de toxicité avec retentissement médical, psychique et/ou social décelable : 10% de la population. Les effets nocifs sur la santé s'établissent sur le long terme.

avec dépendance (consommateur alcoolo dépendant) : consommation avec perte de maîtrise de la consommation : 5% de la population.

Alcool et dépendance...

L’alcool peut être (sur)investis en tant que substances vitales qu’il faut absolument prendre et incorporer, envers et contre tout. Une telle disposition d’esprit peut se manifester avec tant de force répétitive qu’elle finit par susciter chez la personne, qui y est assujettie, un douloureux sentiment de perte de liberté, comme avec n’importe quelle drogue.

La plupart des comportements alcooliques répondent précisément aux critères de l’addiction tant par la consommation avide et irrésistible, que par la répétition, la résolution d’un état de tension intérieure et par sa poursuite malgré ses conséquences physiques, psychologiques, sociales et financières (achat ou vol de boisson), par ses effets de polarisation (la vie du sujet est entièrement centrée sur l’alcool).

La dépendance à l’alcool est définie par la survenue simultanée pour un individu de 3 parmi les 7 critères suivants :

    1. Tolérance augmentée (tient mieux l’alcool)
    2. Symptômes de sevrage (tremblements, anxiété, sudations, épilepsie à l’arrêt de l’alcool)
    3. Difficultés à contrôler la quantité d’alcool consommé
    4. Préoccupations liées à l’approvisionnement en alcool
    5. Désir persistant et infructueux de diminuer ou d’interrompre la consommation
    6. Répercussions négatives de l’alcool sur les loisirs et la vie sociale
    7. Consommation persistante malgré des problèmes de santé physique ou psychique

C’est une maladie chronique à évolution progressive se présentant par des symptômes tels qu’une envie irrésistible de boire malgré des conséquences fâcheuses sur la vie sociale, affective, professionnelle ou sur la santé. Comme beaucoup d’autres maladies, son évolution est plus ou moins prévisible avec des complications bien décrites dont l’ordre d’apparition est relativement bien défini. Les facteurs influençant l’évolution de l’alcoolo-dépendance, aussi bien génétiques que liées à l’environnement, commencent à être mieux connus.

Est alcoolique celui qui a perdu sa liberté de consommation face à l’alcool. Le choix est radical : ivresse ou abstinence. Ce qui distingue l’alcoolique du buveur excessif, qui lui utilise l’alcool comme rituel d’intégration, comme anxiolytique ou désinhibiteur. Et qui surtout s’arrête quand il atteint sa « dose » efficace.

L’alcoolisation devient alcoolisme lorsqu’une personne, quel que soit son âge, son sexe ou son niveau socioculturel, se trouve dans l’impossibilité de boire modérément. Au fil du temps, l’alcool recouvre tout, tel un système totalitaire. En ce sens, l’alcoolisme est une maladie existentielle.

Comment et pourquoi devient-on alcoolique ?

D’une façon générale, sont plus fréquemment touchés 3 types de professions :

1 - celles avec un travail pénible, celles avec des efforts physiques importants : dockers, déménageurs, manutentionnaires. D’autres travaux font partie de ce groupe comme le travail en cuisine. La monotonie et le caractère peu valorisant du travail à la chaîne, le rythme élevé des cadences, la nocivité de l’atmosphère de travail sont autant de facteurs évoqués pour expliquer le recours à l’alcool.

2 - celles qui impliquent un contact avec le public.

3 - les professions agricoles (les plus touchées).

Il est indéniable que les enfants des alcooliques ont un risque plus élevé que les autres de devenir alcooliques à leur tour. Mais il est difficile de distinguer l’influence de l’environnement de celle de la transmission génétique de facteurs biologiques prédisposant. Cependant l’impact de certains facteurs d’environnement de l’enfance sur la survenue d’un alcoolisme :

    1. au niveau de l’éducation = attitude soit très tolérante, soit très stricte par rapport à l’alcool
    2. mauvaise cohésion du milieu familial
    3. carences affectives
    4. deuils, séparations
    5. divorces
    6. abandons à l’Assistance Publique
    7. mauvaises relations avec le père

Ces facteurs prédisposent à l’alcoolisme mais ne sont en rien spécifiques de l’alcoolisme.

De plus, il n’existe pas UN Alcoolisme. L’alcoolisation est liée à chaque individu qui, par définition, est unique du fait de son histoire. Cependant, on peut schématiquement regrouper 2 grandes formes d’alcoolisme.

    1. Alcoolisme d’habitude ou forme simple d’alcoolisme : observé dans moins de 50% des cas d’alcoolisme masculin en France. Le vin et la bière sont consommés régulièrement et quotidiennement en quantité élevée. La consommation se fait surtout sur le mode « social », sans aucun sentiment de culpabilité.
    2. Les alcoolismes dits "névrotiques" : moins fréquent chez l’homme, il représente 80 à 85% des cas d’alcoolisme chez la femme. Leur début est précoce, avec une préférence pour les boissons fortement alcoolisées, très rapidement mal supportées. Ces individus n’ont que peu d’attrait pour l’alcool. Ils en éprouvent même parfois du dégoût en les avalant. Leur mode de consommation est discontinu, marqué par des périodes d’absorption importante et séparées par des intervalles libres de plusieurs semaines ou de plusieurs mois. Leur consommation est solitaire, souvent dissimulée ou clandestine. Ils en éprouvent une culpabilité souvent très importante. C’est le cas notamment des femmes pour qui la culpabilité est d’autant plus grande que l’alcoolisme féminin est très mal vécu par la famille et par la société. Des troubles graves et précoces du comportement (épisodes d’agitation, ivresses pathologiques ou troubles mentaux passagers) déterminent souvent des hospitalisations répétées.

Le comportement du malade alcoolique...

Le déni est souvent lié à la recherche de conformité. Il s’agit d’un déni plus ou moins conscient de la réalité de l’alcoolisme et de ses conséquences. L’alcool aurait l’effet psychique d’empêcher les alcooliques de se percevoir tels qu’ils sont. On parle « d’apsychognosie. » Ce mécanisme de déni peut servir à permettre la poursuite de l’alcoolisation, ressentie comme impossible à modifier. Cela peut également permettre d’éviter la honte, très présente chez les alcooliques.

Le déni peut également s’apparenter à un déni magique, au sens où l’alcoolique affirme sa maîtrise, une position de toute-puissance face à ce persécuteur qu’est l’alcool, ou à l’entourage qui le rejette.

La banalisation et le déni de l’alcoolisme sont des éléments à prendre en compte. Il ne s’agit pas de contester les dires du patient. Il s’agit de défenses importantes, à respecter, défenses nécessaires face à une angoisse et un traumatisme toujours agissants.

 

 

 

Sylviane LIBERGE

Psychologue clinicienne – Formatrice

Consultante - Conférencière

 

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