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Mais qu'est-ce qu'une conduite addictive ?
Chacun, dans un domaine particulier de sa vie, dans une situation bien déterminée, peut rencontrer des difficultés à se fixer des limites et à s’interdire telles pensées ou conduites, bien que reconnues comme néfastes. Certes, faire un écart déraisonnable permet de se démarquer d’une normalité oppressante, de se révolter contre l’insignifiance, d’explorer de nouvelles manières d’être et de nouveaux états de conscience qui donnent une identité et une intensité à sa vie... Le terme d’addiction désigne un processus dans lequel un comportement, chargé de soulager un mal-être, finit par devenir plus ou moins incontrôlable et se maintient malgré ses conséquences négatives. Dans la vie de chacun, ce qui demeure irrésolu et refoulé engendre des conduites répétitives. Avec le temps, ces comportements peuvent devenir inadaptés, incommodants, voire gravement handicapants. Or, cette fuite en avant ou d'auto-remplissage compulsif (alcool, tabac, nourriture, hyperactivité, argent, pouvoir, sexe...) témoigne d’une réalité intérieure en souffrance. La "volonté" de contrer ces attitudes se solde souvent par un échec. Ce qui prouve leur caractère despotique, tyrannique, dictatorial. Objectivement, il se trouve que la force des « logiques inconscientes », qui les sous-tendent, se moque de tout effort rationnel pour les contrecarrer. C'est pourquoi, aussi, ce n'est pas une question de "volonté" (malgré les conceptions de "certains bien pensant"). C'est bien plus compliqué que cela ! Clairement, lorsque l’on se sent mal à l’aise, on a tous tendance à avoir recours à des conduites permettant de parer au plus pressé, de donner le change, de rétablir (ne serait-ce que temporairement) un équilibre menacé. Ces conduites adaptatives d’urgence risquent à long terme, sournoisement, de devenir des recours familiers et nécessaires, pour éviter de « se poser des questions ». De se poser les bonnes questions. Celles qui fatalement dérangent. Ce sont de véritables prothèses identitaires qui nous permettent de sauver les apparences chaque fois que l’on ne sait plus très bien qui l’on est. A la longue, ces conduites deviennent stériles, voire gênantes, pour ne pas dire handicapantes. En effet, lorsque l’autre ou la situation deviennent décevants, certaines conduites plaisantes et rassurantes aident à se réconforter de ces espoirs contrariés. Ce sont des conduites en apparences inoffensives et innocentes. En disposant à volonté d’un produit ou d'un comportement capable de fournir du mieux-être sur commande, on peut étancher provisoirement sa soif d'affection. De fait, on a l’illusion de ne plus dépendre de qui que ce soit... Mais bien sûr, ce n'est qu'un leurre... Les prises d’alcool, de nourriture, de tabac, les achats compulsifs... permettent ainsi de s'auto-administrer des soulagements prévisibles. Parallèlement, on a l’illusion de neutraliser la précarité des relations aux autres. Car l'autre est potentiellement décevant : il peut nous contredire, il peut nous blesser, il peut nous quitter... Cet autre qui n'est pas une marionnette. Cet autre qui peut nous anéantir par son attitude ou ses paroles. Cet autre qui n'est pas toujours présent (surtout quand on a besoin de lui). Cet autre, l'humain... Pour fuir le sentiment de manque et d'incomplétude, on peut toujours se remplir de nourriture, de bruit, d’alcool ou d’agitation, et s'employer activement à ne pas sentir, à ne pas ressentir, à ne pas penser. Car le problème est bien de fuir des pensées douloureuses, insupportables et intolérables. Des pensées allant de la perte de contrôle de l’environnement à la négation pure et simple de soi ! A long terme, ces procédés de substitution se révèlent illusoires. Qui plus est, ils amènent tôt ou tard leur lot de déception, de décrépitude, de décadence et de déchéance. C’est pourquoi, afin de rendre compte de la réalité des conduites addictives, il faut les envisager sous l’angle d’une réalité polymorphe : biologique, psychologique et sociale. Mais aussi de tenir compte des dimensions individuelles et familiales tout autant qu’économiques, socioculturelles et politiques. La conduite addictive peut ainsi être décrite comme la recherche d’un apport externe dont la personne a besoin pour son équilibre et qu’elle ne peut pas trouver au niveau de ses ressources internes. L’addictif est obligé d’y recourir, de manière impulsive, pour rétablir son homéostasie interne et ce, malgré le fait qu’il ait conscience du caractère potentiellement nuisible d’un tel comportement. C’est une des caractéristiques du comportement d’addiction que de posséder ce double versant d’impulsions difficiles à contrôler mais aussi de lutte plus ou moins compulsive contre ces impulsions avec la conscience du caractère néfaste de ce comportement. En fait, les deux phénomènes caractéristiques de l’addiction sont la répétition et l’incapacité à renoncer au comportement.
Sylviane LIBERGE Psychologue clinicienne – Formatrice Consultante - Conférencière
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