La personnalité addictive

 
       
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Les conduites regroupées sous le terme d’addiction ne se limitent pas à celles qui consistent à consommer tel ou tel produit dangereux pour la santé. De multiples comportements, d’apparence très divers, présentent en effet des caractéristiques qui les apparentent aux toxicomanies. On y retrouve, notamment, les traits communs suivants :

  1.       Impossibilité de résister aux impulsions à réaliser ce type de comportement.
  2.       Sensation croissante de tension précédant le comportement
  3.       Plaisir ou soulagement, pendant sa durée
  4.       Sensation de perte de contrôle pendant le comportement
  5.       Présence d’au moins cinq des neuf critères suivants :
  1. préoccupation fréquente au sujet du comportement ou de sa préparation
  2. intensité et durée des passages à l’acte plus importantes que souhaitées à l’origine
  3. tentatives répétées pour réduire, contrôler ou abandonner le comportement
  4. temps important consacré à préparer les épisodes, à les entreprendre, ou à s’en remettre
  5. survenue fréquente de l’épisode comportemental
  6. activités sociales, professionnelles ou récréatives majeures sacrifiées du fait du comportement
  7. perpétuation du comportement bien que l’intéressé sache qu’il cause ou aggrave un problème persistant ou récurrent, d’ordre social, financier, psychologique ou physique
  8. tolérance marquée (besoin d’augmenter l’intensité ou la fréquence pour obtenir l’effet désiré)
  9. agitation ou irritabilité en cas d’impossibilité de s’adonner au comportement.

  

Schéma type de la crise addictive :

Obsession pour l’objet -------> Tension croissante -------> Passage à l’acte  -----> Plaisir  ------> Soulagement ------>  sensation de perte de contrôle ------> Tension

                                                                                                                       

Les conduites addictives remplissent de multiples fonctions vitales qui échappent à la conscience des intéressés. Elles permettent, par exemple, de surmonter toutes sortes de douleurs psychiques, de tiraillements et de conflits internes. Dans certaines occasions, le recours répétitif à de telles conduites aurait une fonction d’évitement de situations anxiogènes, en substituant à l’incertitude des relations humaines le déroulement prévisible d’une séquence comportementale maintes fois vécue.

L’expérience addictive, véritable réponse à un problème posé, a la propriété de créer des sensations prévisibles et étayantes, d’organiser, structurer, remplir le temps de la personne addictive (le reste de la journée est vide et sans forme), de produire une gratification régulière et représentable. L’addiction aide la personne à se sentir acceptée, voire meilleure par elle-même, du moins dans un premier temps, car cette reconstitution de l’estime de soi est particulièrement illusoire et transitoire. Elle fournit ainsi un sentiment artificiel de valeur de soi, de pouvoir, de contrôle tout-puissant, de sécurité, d’intimité, de réalisation de son être.

L’addiction amenuise les humeurs négatives (anxiété, dépression), suspend temporairement la douleur et les sensations déplaisantes, devient le centre d’intérêt primordial et absorbe toute l’attention.

Les conduites addictives produisent des effets non seulement sur l’intéressé lui-même, mais également sur son entourage. Elles se manifestent souvent, en effet, comme un discours corporel et comportemental qui exprime la souffrance en même temps qu’il accuse l’environnement de façon particulièrement efficace. Une traduction en mots (plutôt qu’en actes) de cette souffrance aurait sans doute beaucoup moins d’impact sur l’entourage (les proches auraient tôt fait de déceler et de dénoncer toute incohérence, contradiction ou maladresse dans l’expression verbale, et de la disqualifier). Plus que ne pourraient le faire de simples paroles, certains comportements peuvent ainsi mettre l’entourage dans un sérieux embarras, et permettre du même coup à l’intéressé d’éprouver des instants de toute-puissance, dans le succès évident de son entreprise de déstabilisation.

Les membres de l’entourage risquent de répondre à une telle agression par des contre-comportements défensifs qui manifestent leur ébranlement intérieur. Ils consolident ainsi, malgré eux, le succès de l’opération inconsciente qui les visait...

Pour résumer, fumer des cigarettes dans les lieux publics, prendre de la drogue, avoir de mauvaises fréquentations, se masturber en public, se saouler, voler, être en excès de vitesse, avaler une plaque entière de chocolat... sont des transgressions et des prises de risque qui permettent d’éprouver et de révéler certains aspects de soi-même et de la réalité. Conduites qui sont classiques et sans être dangereuses lorsqu’elles conservent leur caractère exceptionnel, à titre « d’expérience ». Au-delà, elles mettent en péril la santé, la vie affective, professionnelle ou sociale de la personne.

Les complications surviennent lorsque ces conduites deviennent le seul moyen de frémir, de se sentir quelqu’un, d’avoir des sensations valorisantes. Lorsqu’elles ne peuvent plus trouver de limites sans l’intervention d’un tiers extérieur. Alors, le goût de la transgression devient amer car on réalise la perte de tout contrôle sur soi-même et sur ses pulsions. On prend conscience que l’on est devenu le jouet de ses propres caprices.

De plus, actuellement, la conduite de dépendance voit ses champs de définition et d’application élargis. Elle est devenue une dépendance comportementale et considérée comme un mode d’existence et style de comportement propre à notre société actuelle, société où l’immédiateté et la circulation des informations en temps réel sont les maîtres mots.

 

Sylviane LIBERGE

Psychologue clinicienne – Formatrice

Consultante - Conférencière

 

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