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La consommation mondiale de tabac a pris les proportions d’une épidémie à l’échelle planétaire (malgré les campagnes de prévention des pays industrialisés) qui ne montre guère de signes de fléchissement. Chaque année, le tabagisme entraîne dans le monde environ 3,5 millions de décès, ce qui correspond à près de 10 000 morts par jour. Si la tendance actuelle se poursuit, on atteindra les 10 millions de décès par an au cours des années 2020 à 2030, dont 7 millions dans des pays en développement (Inde et Chine en tête). En se basant sur les chiffres actuels de consommation, on prévoit que plus de 500 millions de personnes mourront des effets du tabagisme. Dans les pays développés, où le tabagisme s’est répandu au cours des années 40 et 50, on peut désormais constater l’effet catastrophique des tendances passées. Près de 20% de tous les décès qui se produisent actuellement dans ces pays sont imputables au tabac. D’ici 2020, on prévoit que la consommation de tabac sera à l’origine de plus de 12% de l’ensemble des décès survenant dans le monde. On estime également qu’à la même époque, le tabagisme causera plus de décès que l’infection au VIH, la tuberculose, la mortalité maternelle, les accidents de la route, la maladie de la vache folle, les suicides et les homicides réunis. Le tabac est reponsable de 60.000 décès par an en France, soit l'équivalent d'un boeing 747 perdu corps et bien par jour... Ca donne à réfléchir ! En effet, la France compte 15 millions de fumeurs. Un tiers des personnes de 12 à 75 ans (33 %) fume, ne serait-ce que de temps en temps. Entre 18 et 34 ans, près d’une personne sur deux fume. La prévalence tabagique passe de 9 % pour les 12-14 ans à 41 % pour les 15-19 ans et atteint un maximum de 48 % chez les 20-25 ans. En moyenne, les jeunes fument leur première cigarette vers 14 ans et demi et commencent à fumer régulièrement vers 16 ans. Les jeunes de 12 à 25 ans qui fument régulièrement consomment en moyenne 10 cigarettes par jour. La quantité de cigarettes fumées augmente rapidement au cours de l'adolescence. Si moins de la moitié des fumeurs de 12-14 ans sont des consommateurs réguliers, cette proportion dépasse 80 % pour les 15-24 ans. Dans la population masculine, la proportion de fumeurs réguliers a baissé depuis les années 60, passant de 45% à environ 34% aujourd’hui. En revanche, dans la population féminine, la proportion de fumeuses régulières a augmenté, passant de 10 à 31% (42% pour les hommes). La différence de comportement vis-à-vis du tabac entre les hommes et les femmes s'est donc fortement atténuée. Parmi les adolescents, le tabagisme est aujourd'hui au moins aussi répandu chez les filles que chez les garçons. Par contre, c'est dans la tranche d'âge de 45 à 64 ans que le poids de la mortalité due au tabac est le plus important, car près de 30% des décès masculins lui sont imputables... Parmi les jeunes fumeurs, 57% souhaitent arrêter. Ce désir diminue sensiblement avec l’âge, mais reste toujours supérieur à 50%. Cependant, avant de proposer un sevrage, il faut faire très attention aux raisons et aux motivations qui ont poussé l’adolescent à fumer et l’aider à clarifier ses besoins. Les raisons principales invoquées sont : la gestion du stress, la gestion de l’ennui ou l’évitement des signes de manque, et enfin l’amélioration de la concentration intellectuelle. Les raisons invoquées pour arrêter de fumer sont par fréquence décroissante : faire des économies, connaître une personne malade du tabac, améliorer sa santé, son bien être et ses performances sportives, être avec un non-fumeur, améliorer sa respiration, ses capacités gustatives et olfactives, répondre à la demande de ses amis, craindre la dépendance, retrouver l’indépendance et l’estime de soi, et en dernier lieu, connaître les effets du tabagisme passif. Il parait donc plus important de travailler avec l’adolescent sur l’image corporelle que sur les effets nuisibles du tabac. Dans leur quasi totalité, les fumeurs adultes ont commencé à l’adolescence et sont devenus dépendants avant l’âge de 20 ans. La prévention du tabagisme en général passe donc par l’étude du tabagisme à l’adolescence, et de ses caractéristiques épidémiologiques. L'accoutumance au tabac... les facteurs en jeux. La nicotine La nicotine est contenue dans la phase particulaire de la fumée de tabac et est responsable de la dépendance pharmacologique et des effets cardiovasculaires du tabac. Il s’agit d’un alcaloïde de faible poids moléculaire qui présente une analogie structurale avec l’acétylcholine et se fixe sur des récepteurs nicotiniques présents dans tout l’organisme mais surtout au niveau du cerveau. Sa fixation entraîne une libération de monoamines (dopamine, sérotonine et noradrénaline), et par ce biais intervient dans la régulation de l’humeur et des émotions. D'où l'irritabilité lors du sevrage !!! Après absorption pulmonaire, la nicotine se diffuse par voie sanguine dans tout l’organisme. Elle gagne très rapidement (en moins de 7 secondes) le cerveau. Sa demi-vie est courte, de l’ordre de 2h00. Son métabolisme est hépatique, conduisant à un dérivé inactif, la cotinine, qui est rejetée dans les urines. La demi-vie de la cotinine est de l’ordre de 15 à 20 heures. Le besoin de fumer apparaît dès que la nicotinémie baisse. Ce sont ces variations de la nicotinémie qui sont à la base du comportement tabagique. La nicotine a une action générale sur l’organisme. Au niveau du système nerveux central, elle est psycho-stimulante et a une action anxiolytique. Sur le plan cardio-vasculaire, elle entraîne une augmentation de la fréquence cardiaque de 10 à 20 battements par minute, de la tension artérielle de 5 à 10 mm de mercure, du débit cardiaque à court terme et donc de débit sanguin cérébral et musculaire. À long terme, elle augmente la libération des acides gras, des LDL et VLDL, et augmente la réactivité plaquettaire et les turbulences sanguines. Elle est ainsi responsable d’une augmentation des affections cardiovasculaires (coronaropathie et artériopathie des membres inférieurs). Sur le plan respiratoire, elle est analeptique respiratoire à faible dose et dépresseur respiratoire à forte dose. Sur le plan endocrinien et métabolique, elle favorise la libération d’opiacés endogènes (bêta-endorphines), a une action anorexigène et augmente le métabolisme basal. Ces effets métaboliques, couplés aux effets sur le système nerveux central, sont souvent ceux auxquels les fumeurs sont particulièrement attachés et qu’ils invoquent en 1er dans leur réticence à arrêter de fumer. Et pour cause : prise de poids garantie !!! Le monoxyde de carbonne ou Co2 Gaz incolore et inodore, rentrant dans la composition de la phase gazeuse de « l’aérosol tabagique », le monoxyde de carbone a pour particularité de se fixer sur l’hémoglobine avec une affinité supérieure à celle de l’oxygène pour former la carboxyhémoglobine, complexe de demi-vie de 4 à 6 heures. Son taux est de moins de 2% chez le non fumeur non exposé, de 5 à 7% chez le sujet exposé au tabagisme passif, et peut atteindre 15% chez le gros fumeur. Ainsi chez le fumeur, le CO est un facteur d’hypoxie chronique et de lésions endothéliales pouvant jouer un rôle dans l’athérosclérose. Irritants et carcinogènes Les irritants (aldéhydes, acides, acroléine, dérivés arsenicaux et ammoniacaux…) ont essentiellement des effets bronchopulmonaires néfastes. Ils sont responsables de l’installation progressive d’une bronchite chronique. Les carcinogènes présents dans la fumée de tabac sont des hydrocarbures polycycliques ou goudrons dont l’agent principal est le benzopyrène. Ils possèdent une action cancérigène directe en tant qu’initiateur (transformation des cellules normales en cellules malignes) et sont responsables des excès de cancers retrouvés chez les fumeurs (poumon, voies aérodigestives supérieures, œsophage, vessie, pancréas, rein, col utérin…). Les conséquences de cette accoutumance
Les facteurs qui prédisposent les jeunes au tabagisme sont complexes et interdépendants et ils varient selon les individus et les populations. Des années de recherche ont néanmoins permis d’identifier certains facteurs courants dans l’amorce du tabagisme. Parmi ceux-ci figurent, à des niveaux élevés, l’acceptabilité sociale des produits du tabac, l’exposition et la vulnérabilité par rapport aux méthodes de commercialisation, à l’offre et à la facilité d’achat de ces produits, l’exemple montré par les parents et les autres adultes et la consommation de ces produits par le groupe de camarades. Le tabac apparaît alors très fortement lié à toutes les autres conduites dites à risque, concept qui inclut les consommations (alcool, tabac, drogue), les conduites délictueuses ou violentes (fugue, vol, racket, bagarres), les conduites sexuelles à risque. De plus, l’usage du tabac se retrouve significativement chez les adolescents qui expriment des sentiments fréquents de cafard, de solitude, de mal être dans leur corps et à l’école. D’autres études confirment cette notion, en démontrant le lien qui existe chez les adolescents entre tabagisme et morbidité psychiatrique, en particulier anxiété et dépression. Ce qui suggère que le tabac soit utilisé par ces sujets comme une automédication anxiolytique et anti-dépressive. Au total, l’usage du tabac à l’adolescence semble bien en lien avec un malaise personnel et psychologique, qui s’exprime dans de nombreux domaines de la vie du jeune. Pour être efficace, la prévention doit prendre en compte cette notion complexe.
Sylviane LIBERGE Psychologue clinicienne – Formatrice Consultante - Conférencière
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