Toxicomanie

 
       
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Personne ne veut devenir toxicomane. Encore moins voir ses enfants baculer dans l'enfer de la drogue. Il n'en demeure pas moins que bien des gens continuent de sombrer dans le piège. La question, la plus fréquemment posée, est alors « Comment ? » : comment mon enfant, mon père, ma mère, ma sœur ou mon frère ont-ils pu devenir menteur, voleur... quelqu'un à qui on ne peut faire confiance ? Comment est-ce possible ? Pourquoi n'arrêtent-ils pas ? Ne se rendent-ils pas compte qu'ils se détruisent ?...

Certaines drogues (comme l'héroïne), encore plus que d'autres, sont de véritables pièges : elles procurent un tel bien être, une telle plénitude que la dépendance psychologique est extrêment rapide. Mais comme la "descente" est loin d'être aussi "planante", leur première réaction, c'est de reconsommer pour tenter d'atteindre un état permanent de bien être ! ... C'est évidemment un leurre, mais le piège s'est déjà refermé sur eux. Alors commence le véritable enfer : chaque jour ne va avoir qu'un seul objectif. Celui de la prise du toxique. Toute activité va tourner autour de ce but : dès le réveil, comment se payer la dose, où la trouver (en principe, ils ont rapidement leur réseau), un lieu tranquille pour s'administrer le produit... Et je ne vous parle pas du rituel autour de la prise en elle-même...

Mais voyons ce qu'en disent les scientifiques...

Selon l’Organisme Mondial de la Santé (OMS), la toxicomanie est vue comme :

  1.       Un désir ou un besoin invincible de consommer une substance
  2.       Une tendance à augmenter la dose (tolérance)
  3.       Une dépendance psychologique et souvent physique à l’égard des effets
  4.       Des conséquences (émotives, sociales, économiques) nuisibles.

La toxicomanie est un comportement qui consiste à consommer d’une façon habituelle ou périodique, un ou plusieurs produits psychotropes (drogues) susceptibles d’engendrer une  accoutumance ou un état de dépendance physique et/ou psychique.

Pour certains consommateurs, la toxicomanie constitue une stratégie d’adaptation qui  permet d’anesthésier, par le biais de la drogues, des sentiments d’impuissance, d’échec, d’incompétence... C’est-à-dire un état dépressif qui alimente un désespoir, un mal de vivre ancré parfois au plus profond d’eux-mêmes depuis la petite enfance.

Pour d’autres consommateurs, la toxicomanie s’inscrit dans un mode de vie hédoniste, égocentrique et antisocial adopté préalablement à leur initiation aux drogues, la recherche du plaisir étant le fondement ou le but de la vie, au prix d’un minimum d’effort.

Toutefois, « il serait simpliste de ne vouloir aborder la toxicomanie exclusivement dans sa dimension individuelle, car la toxicomanie s’inscrit dans un contexte de malaise social, de crise des valeurs, d’inégalité des chances et d’individualisme. Il serait tout aussi simpliste de ne pas tenir compte du fait que la toxicomanie est étroitement associée à de nombreux autres problèmes qui affectent des individus et des groupes dans la société : détresse psychologique, dégradation de la qualité de vie, pauvreté, criminalité, montée du chômage, maladie, violence conjugale, négligence parentale,  abus physiques, suicides et accidents de la route. » 1

«La toxicomanie est une problématique multidimensionnelle parce qu’elle a des répercussions sur la santé physique et mentale des individus, sur leur vie économique et sociale et, dans certains cas, parce qu’ils sont susceptibles de faire face à la justice. Elle est aussi multidimensionnelle parce qu’elle présente plusieurs causes et plusieurs conséquences, qu’elle touche plusieurs facettes de la vie de l’individu et de son entourage et qu’elle affecte l’équilibre psychique de la personne. Elle interfère sur la qualité de vie de ses relations interpersonnelles, c’est-à-dire dans ses rôles de conjoint, de parent, de frère, de soeur, de fils, de fille, d’employé, d’employeur, de citoyen… »

 

La toxicomanie peut également être vue tant comme un acte symptôme que comme une solution à des difficultés impossibles à verbaliser. Cette conduite permet notamment à l’intéressé d’éviter d’affronter l’inconnu de ses désirs. « Organiser sa vie autour d’un objet que l’on recherche (la drogue) ou que l’on s’interdit (la nourriture), cela permet de se situer toujours par rapport à un besoin que l’on connaît, qui est contrôlable. Cela permet d’éviter de poser la question d’un désir personnel qui reste inconnu et inquiétant et qui, pour se poser, nécessite une certaine autonomie, une individuation ».

Du point de vue de la rencontre, le toxicomane peut être tout à fait charmant, charmeur, mais pour mieux manipuler et obtenir la satisfaction de son désir. Se marginalisant, il en veut à la société. En grande souffrance, il fait souffrir... Le toxicomane est continuellement dans la projection de ses émotions.

Toute la prise en charge va donc être consacrée à la mise en mots pour éviter les passages à l'acte. Mettre du sens sur des souffrances enfouies.

Penser les maux pour penser en mots.

Enfin, pour clore un sujet tellement vaste qu'il faudrait y consacrer plus d'un article... dans la prise en charge des toxicomanies, on constate de plus en plus souvent que, derrière cette prise de toxique, et cette mise en danger de soi, se cachent des secrets de famille. Secrets dont le toxicomane est porteur à son insu... En thérapie, la levée de ce secret permet le plus souvent au toxicomane d'abandonner son objet addictif... de retrouver sa liberté et son autonomie.


1 Extrait de : « La toxicomanie au Québec : Des inquiétudes à l’action » CPLT - Décembre 1996 - Chap.1, page 1

Sylviane LIBERGE

Psychologue clinicienne – Formatrice

Consultante - Conférencière

 

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